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15.1.11

CC

(Crash Culture)
Suite au post précédent et la fascination perverse que peuvent exercer les romans et nouvelles de Ballard, j’ai repensé aux nombreux tributs à ce que l’on pourrait appeler la culture crash, entamer personnellement il y a quelques années avec la lecture des romans d’Hubert Selby et les photos de Larry Clark, qui ont dernièrement fait controverse lors de leur passage au Musée d’Art Moderne de Paris (elles furent exposées quelques années auparavant à la maison européenne de la photographie sans aucun brouhaha). J’ai alors décidé d'étoffer ce thème lié à l’accident, à la destruction, aux incendies sur quelques post en passant par la peinture, la photographie, ou le cinéma. Et comme introduction nous commencerons avec cette série d’un peintre du XIXe Thomas Cole, le Destin des Empires, qui nous présente en cinq tableaux le déclin et les ravages de la civilisation et la dégénérescence que la société produit sur le territoire et le paysage. A suivre donc un petit tour d’horizon de ces paysages de la violence, de la haine ordinaire qu’il est bien convenu d’ignorer mais dont l’esthétique est parfois tout à fait stupéfiante.

14.12.10

AJ

(Auto Junkyard)
"Je pense maintenant aux autres accidents que nous nous décrivions, aux morts absurdes des blessés, des mutilés et des traumatisés.
Je pense aux accidents de psychopathes, accidents peu plausibles, accomplis dans le dégoût de soi et le ressentiment; méchantes collisions multiples mises au point dans des voitures volées, sur l'autoroute du soir, entre employés de bureau fatigués.
Je pense aux accidents insensés de ménagères neurasthéniques rentrant de l'institut prophylactique et se jetant sur des voitures garées dans des rues de banlieue.
Je pense aux accidents de schizophrènes excités heurtant de front des camionnettes de blanchisserie venant juste de caler dans une rue à sens unique, à ceux de maniaques dépressifs broyés lors d'inutiles demi-tours sur les bretelles d'accès aux autoroutes, à ceux de paranoïaques malchanceux percutant un mur de brique au bout d'une impasse signalée, à ceux de bonnes d'enfants sadiques décapitées dans leurs voitures retournées sur de complexes échangeurs, à ceux de gérantes de supermarché lesbiennes brûlées vives dans la carcasse défoncée de leurs mini-voitures sous le regard stoïque de pompiers d'âge mûr, à ceux d'enfants autistes écrasés lors de collisions par l'arrière (leur regard moins meurtri dans la mort), à ceux de débiles mentaux prisonniers de leur autocar et coulant dans un canal le long d'une route, au coeur d'une zone industrielle".


text. James Graham Ballard, Crash!
Pics. Walker Evans, The Auto Junkyard
Si vous souhaiter en lire plus sur l'automobile, vous pouvez jeter un oeil ici

29.5.09

HR

(High Rise)




"Un nouveau type social allait naître dans la tour, une personnalité nouvelle, plus détachée, peu accessible à l'émotion, imperméable aux pressions psychologiques de la vie parcellaire, n'éprouvant pas un grand besoin d'intimité : une machine d'une espèce perfectionnée qui tournerait fort bien dans cette atmosphère neutre. L'habitant satisfait de ne rien faire sinon de rester assis dans son appartement trop coûteux, regarder la télévision avec le son baissé et attendre que le voisin fasse un faux pas (...) des représentants d'une nouvelle race qui ne voyait aucun inconvénient à vivre dans un paysage anonyme de béton et d'acier, qui ne cillaient pas devant l'invasion de leur vie privée par des officines gouvernementales et des organismes de classement de fiches et d'analyse de données - mieux: qui accueillerait peut-être favorablement ces manipulations invisibles, certains de pouvoir les utiliser à leurs propres fins. Ils étaient les premiers à maîtriser un nouveau mode d'existence du XXe siècle finissant. L’écoulement rapide des amitiés et des connaissances, l'absence du contact réel avec autrui avaient tout pour les satisfaire; l'autonomie de leurs existences était complète puisque n'ayant besoin de rien, ils n'était jamais déçus."

Niklas Goldbac (Zone C) & James Graham Ballard (I.G.H)