10.6.12


X-URBANISM
Mario Gandelsonas

Studies on the american grids, how to speak about cities, through their radical substances.



Los Angeles
The uniquely American one-mile grid, the relentless continental grid that organizes the megalopolis, is seen in contrast to the urban grids and the boulevards




Boston - The Head and the neck
Alternating sector of urban fabric and fields - with or without building objects - form the head of Boston. The neck, can seen as the result of the overlapping of different grids. Interventions made after World War II have deeply affected the morphology of Boston, erasing entire areas of the close-knit fabrid of the seventeenth and eighteenth centuries and replacing them with Modernist-inspired building developments.
The result is a series of discontinuous radical sectors of fabric alternating with sectors of objects in a field revealed by the analytical drawings. The peculiar topographic history of Boston (the leving of hills and the filling of Back Bay ) might partially explain the different degrees of resistance to change that characterize the historical fabric of Beacon Hill, for instance.


New Heaven
The original plan of New Heaven contained elements that should both insure the survival of the original grid - an oversized nine-square grid (825 total square feet) with a common green in the center - while also generating a new order for its development, several diagonal streets leading outward from the core. The radial field system surrounding the nine-square grid persists in the plan of New Heaven today. However, this description represents only a simple, perceptual understanding of the city.

Chicago
While the neutral geometric grid and the regular "beat" of intersections in the city of Chicago imply continuous movement, the accidents of the plan produce changing rythms and interruptions where movement stops.
The Ink drawings
he series of ink drawings examine two situations that produce these interruptions of the one-mile grid : the effect of the multiple diagonals that crisscross the plan, and the effect of topographic changes.




 and more about La Grille here

28.4.12


TRANSIT DE VENUS
Wolgang Tillmans



Un transit de Vénus se produit lorsque le soleil, Vénus et la Terre se trouvent en alignement parfait. Observé de la Terre, le phénomène se manifeste sous la forme d'un petit disque noir - la planète Vénus - se déplaçant lentement au cours de plusieurs heures devant le disque éclatant du soleil. C'est une observation extrêmement rare car les plans des orbites de la terre et de Vénus sont légèrement inclinés l'un vers l'autre et un transit ne peut se produire que lorsque les deux planètes se trouvent exactement au point de recoupement des plans de leur orbite. Ceci survient tous les 122 ans, puis huit ans plus tard, après quoi il faut attendre 105 ans, puis huit années, puis 122, etc. Le dernier transit s'est déroulé le 8 juin 2004. C'était le premier qu'un être humain vivant alors sur la terre pouvait avoir observé.  En effet, le témoignage des transits de Vénus n'a été fournie par des rapports écrits ou dessins historiques qu'à partir de l'invention du télescope puis, plus tard, par des images photographiques des deux transits survenus après l'invention de cette technique. Six transits seulement ont été observés au cours de l'histoire humaine, en 1639, 1761, 1769, 1874, 1882 et 2004. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l'observation de ce phénomène géométrique a revêtu une énorme importance. Les chercheurs ont compris qu'ils pouvaient calculer la distance entre la terre et le soleil par l'observation exacte et la comparaison des temps de passage de Vénus devant le disque du soleil enregistrés de différents points de la terre. On pensait à cette époque que c'était la seule façon d'établir plus ou moins exactement notre position absolue par rapport au soleil et donc par rapport à l'univers qui nous entoure. On ne connaissait dans notre système solaire que des distances relatives, mesurées par multiples de la distance de la terre au soleil, et non les distances réelles. C'était comme de disposer d'une carte sans en connaitre l'échelle.
Diverses ambitieuses expéditions, par exemple la première du capitaine Cook en 1769, furent lancées dans l'unique objectif d'observer le transit de Vénus d'un point aussi éloigné que possible de l'Europe. L'idée était de mesurer le parallaxe qui, en termes simples, peut se décrire comme l'observation du déplacement de l'objet le plus proche devant un objet plus lointain vu de deux points différents, ce qui se produit quand par exemple, on observe le changement apparent de position d'un pouce devant une maison à à l'horizon en le regardant alternativement de l'oeil gauche ou de l'oeil droit. 
L'exactitude de l'évènement était gênée par l'effet de goutte noire qui faisait que le disque de Vénus semblait se fondre dans le noir du ciel entourant le soleil pendant un temps plus long que ce que l'on pouvait attendre de sa position prédite. Même s'il était en principe déjà clairement "à l'intérieur" du disque du soleil, celui de Vénus apparaissait déformé selon une forme de goutte. Ce n'est que par l'observation photographique des deux transits du XIXe siècle que l'on a pu établir que cet effet était en réalité une illusion provoquée par le cerveau humain.
Observer le transit de 2004 à travers le télescope que j'ai conservé de mes années d'adolescence obsédées d'astronome n'avait bien entendu aucune valeur scientifique, mais constituait l'expérience émouvante de vois la mécanique concrète du ciel en action devant mes yeux. Regarder une planète se déplacer devant un autre objet défini  qui fait partie du système solaire m'a donné, en tant qu'être terrestre, le sens visuel de ma localisation dans l'espace. Malgré le caractère plat de l'image du télescope, on pouvait faire l'expérience de l'espace en trois dimensions. 
Le prochain transit de Vénus se produira le 6 juin 2012.

7.4.12



LE SACRIFICE
Ida Tursic & Wilfried Mille


Hommage à Andrei Tarkovski, Le Sacrifice, 1986
Ida & Wilfried sont en ce moment exposés à la galerie Almine Rech à Bruxelles

16.2.12


NOTE SUR L'ARCHITECTURE
Luigi Ghirri


Ma première rencontre avec les architectures d’Aldo Rossi remonte à quelques années, lorsque Vittorio Savi me proposa de photographier le cimetière de Modène. Je ne peux pas dire qu’à ce moment là je connaissais bien l’oeuvre de Rossi, seulement quelques dessins et certains écrits théoriques. Ces lacunes éveillèrent plus encore ma curiosité, de même que l’idée de pouvoir photographier et raconter une architecture complexe et encore en cours de réalisation, une architecture qui ne s’exhibait pas déjà finie, pour se retrouver aussitôt après dans les pages de quelques luxueuses revue. A partir de ce moment a commencé une étrange collaboration avec Aldo Rossi, presque toujours à distance, très curieuse et très stimulante.
Le cimetière, je le voyais forcément assez souvent, puisque j’habite Modène. Confondre le bleu du toit des parties déjà construites avec celui du ciel, observer les couleurs changeant selon les heures avait sur moi un effet bénéfique, comme m’attirait le cube rouge au centre, que je cadrai depuis la portières de ma voiture, quand je parcourais la route nationale pour aller vers le Pô. Ce fût un travail extrêmement intéressant, non pas pour les résultats obtenus, que parce que, étrangement, dans la parfaite solitude de quelques jours de fermeture pour ne pas gêner et ne pas être dérangé par les travaux en cours, il me sembla que se révélait à moi le secret d’une approche de l’architecture et de sa représentation photographique. Plus le travail avançait et paradoxalement, moins j’en voyais la fin, plus il me restait de travail à accomplir. J’avais toujours de nouveaux angles à voir et à cadrer, de nouveaux points de vues pour chaque petit mouvement de l’espace. A peine les perspectives étaient-elles photographiées, qu’elles se représentaient quelques minutes plus tard sous un jour nouveau, la lumière en modifiait sans cesse le sens et l’aspect, colorait diversement les volumes et les surfaces.
Les fenêtres du bâtiment principal, peu élevé, étaient des cadres analogues à ceux du viseur de l’appareil, elles en répétaient les cadrages où se succédaient, toujours différents, les arrières plans avec les cheminées, les tombes juives, les toits des maisons, le chemin de fer, l’église sur le cote est, les champs au nord, les voitures qui passaient sur la route en contrebas, comme dans un décor changeant. La montée vers l’ossuaire ne fit que confirmer cette impression de mobilité et de changement : aussitôt après les premières rampes d’escaliers où depuis les fenêtres cubiques j’entrevoyais l’extérieur, j’arrivais au point où l’on voit en même temps deux fenêtres, celle du premier et celle du second plan, l’étendue verte de la pelouse dans l’une et le bleu du ciel dans l’autre? Ces deux surfaces semblaient recomposer de manière visible, organique et synthétique, le sens de toute cette architecture et exprimer parfaitement l’idée de l’équilibre entre l’intérieur et l’extérieur. Mais cela me parait un simplification, comme l’aurait été le fait de rapprocher l’espace du terrain à celui de l’ouverture dans le toit qui nous fait voir le ciel.Des oeuvres simples et linéaires, un cube rouge avec un trou au milieu et à peine plus loin la longue ligne d’un parallélépipède couché, rose et bleu ciel, révélaient une vitalité imprévue, et cela dissipa de manière définitive tous les doutes et tous les soupçons que je nourrissais depuis longtemps vis à vis de la photographie d’architecture. Je lisais toujours dans ce genre de photographies une simplification ou la tentative de créer une iconographie de l’oeuvre architecturale, un acte d’authentification qui semblait reléguer l’architecture dans le domaine d’une répétition indifférente, incapable d’inventer d’autres solutions.
Comme chacun sait, le processus commence par le dessin d’un projet, passe par diverses phases et aboutit à la construction de l’édifice. Le bâtiment, à la fin, est authentifié par la photographie. Au bout de ce parcours, nous obtenons une espèces de stéréotypes de l’image architecturale, très semblable à une nature morte, mas réalisé dans le monde extérieur. Même si souvent ces natures mortes semblent accrocher et captiver le regard par leur singulière et vertigineuse précision, elles me font aussi penser à la photographie d’une maquette plutôt qu’à celle d’un édifice construit. Des ciels presque toujours limpides et immobiles, l’appareil photographique dans l’axe et à niveau, un objectif décentrable à bascule pour éviter les distorsions, un déclenchement plus précis pour obtenir la netteté maximum constituent le rituel nécessaire quoique fascinant, qui assure le transfert d’une architecture aux archives du musée.
Quelques jours plus tard, alors que je n’avais pas encore terminé les prises de vue, je repensais à tout cela et me demandais comment trouver de nouveaux modes de récit pour l’architecture. En même temps, me revenaient à l’esprit beaucoup d’images qui se rapportaient au cimetière de Modène, au tableau de Fra Angelico où les âmes des morts sortent des ouvertures cubiques du terrain, les photographies d’un anonyme lors du tremblement de terre de San Francisco où on voyait les ruines criblées de trous des maisons détruites et éventrées, ou encore l’architecture très simple qui sert d’arrière-plan aux Histoires de Saints de Sassetta. D’autres facettes de la mémoire, d’autres rappels d’images ensevelies resurgissaient. Je me souvins d’avoir lu cette phrase «pour la littérature, il est nécessaire d’avoir beaucoup de souvenirs, de tout oublier, et d’attendre que tout revienne à la mémoire». Il me sembla que le sens de cette phrase pouvait aussi contenir le secret de l’architecture. Ce n’est sans doute pas la lecture la plus correcte ni la plus orthodoxe, mais j’ai trouvé cet ensemble d’impressions et de sentiments chaque fois que je me suis trouvé face à des oeuvres d’Aldo Rossi, pour les photographier ou pour les observer. Chaque fois ces bâtiments, leur environnement, ses cimetières, ses maisons ou ses écoles me surprennent, non parce qu’elles relèvent de l’insolite ou du bizarre, mais à cause de leur air immédiatement familier et en même temps mystérieux, un mélange extraordinaire de reconnaissance et de jamais vu, de connu et d’inconnu.
Il me semble qu’il y a dans les oeuvres de Rossi ce mystérieux équilibre entre ce que nous savons déjà et ce que nous attendons d’une oeuvre architecturale ainsi que cette sensation de dépaysement que l’on éprouve face au nouveau. Jusqu’à il y a peu de temps, on aurait parlé - même improprement - d’imaginaire à propos de cette impression de se retrouver, mais j’ai en effet peu d’exemples aussi précis d’un vécu personnel de l’auteur qui se multiplie en même temps dans le vécu existentiel d’autant de gens.
Ce n’est pas seulement pour cela que, par la force des choses, je me suis attaché aux architectures d’Aldo Rossi. Je me suis pris d’affection aussi pour les couleurs tendres de ses façades, qui semblent vouloir dialoguer avec celles, en peu éteintes, des endroits où elles sont placées, et aussi pour ce courage civil qui consiste à s’oublier, à laisser l’espace, aux matériaux, aux volumes, la tâche de devenir pour nous architecture, à laisser le temps et l’usage donner son sens à cette extraordinaire Architecture sans Architecte.
Il n’est pas de mon ressort de juger ou d’analyser l’oeuvre de Rossi, je n’ai pas la compétence ou la présomption de me substituer au critique ou à l’historien, et ces quelques phrases sont simplement une trace des réflexions qui me viennent lorsque j’effectue mon travail, qui consiste essentiellement à observer le monde extérieur pour le représenter. Pourtant les architectures de Rossi, sont, de toutes celles que je connais, les plus intéressantes pour réveiller ce type d’écho et ces perceptions multiples.
Il y a à Isaphan une mosquée où, lorsque l’on se déplace à l’intérieur en un point précis, le moindre petit bruit que l’on émet, un mot, un claquement de doigts, est démultiplié par l’écho et résonne sept fois. L’architecture de Rossi me donne cette sensation d’émerveillement, parce qu’en chacun de ses points, quelle que soit la façon dont nous nous déplaçons dans l’espace, le mouvement de la lumière se propage et se démultiplie en un écho qui va se perdre parmi les souvenirs et les inventions. Il y a aussi un coté joyeux de cette manière de tourner magiquement à l’intérieur d’un jouet merveilleux, de se perdre et de se retrouver dans ses engrenages et ses rouages, comme s’il était possible de comprendre le secret qu’éveille en nous une telle surprise et un tel étonnement. C’est en se perdant parmi les ruines d’une architecture, les cabines colorés d’une mer imprécise, les cheminées d’une usine, dans la photographie d’un édifice éventré, dans un détail de Fra Angelico, dans le souvenir estompé d’une place italienne ou les solides géométrie de la façade d’une cathédrale, dans le phonogramme oublié d’un film néoréaliste, dans une cruche de lait ou une cafetière sur la table, que les architectures de Rossi répondent à notre besoin, à notre désir de merveilleux.
Finalement, c’est tout cela qui me fascine dans son oeuvre. Ce n’est pas une douce remémoration, une synthèse heureuse et pleine d’évocations, ce ne sont pas les géniales citations d’un grand architecte, mais les souvenirs, les histoires, les inventions et les apparences qui forment les multiples strates de nos perceptions et de nos manières de faire les choses.

29.1.12


A PARTICULAR KIND OF HEAVEN
Ed Ruscha



As noticed in SOCKS today, the Mendrizio students' works from our the last post looks a bit like Ed Ruscha' s architectural landscapes. See below.



23.1.12


ARCHITECTURE WITHOUT CONTENTS
Mendrizio


Selected works from Architecture Without Contents' studio at Mendrizio

Students : O.A. Alexandru, K.Nilsen, L.Silva, N. Do Amaral, R.Roncoroni, L. Vinti, F. Piantoni, B.Orlandi
Teachers : Office KDGVS, C. Daldoss, A. Zanderigo
Autumn/winter 2011


19.1.12


DEMOCRATIC FOREST
William Eggleston


Holmes n’était certes pas difficile à vivre! C’était un homme tranquille aux habitudes bien ancrées. Il était rarement debout après 22 heures et prenait son pétit déjeuner et sortait bien avant mon réveil. Tantot il passait la journée au laboratoire de chimie, tantôt dans les salles de dissection, et de temps à autre, une de ses longues marches le conduisait dans les bas quartiers. Il déployait une energie à toute épreuve dans ses accès de travail puis venait la réaction : pendant de longues journées, il restait étendu sur le canapé sans dire un mot, sans bouger un muscle du matin au soir. En ces occasions, j’ai remarqué que son regard devenait si reveur et si vague que j’aurai pu le soupconner de s’adonner à quelconque narcotique, si sa sobriété et sa tempérance habituelle n’interdisaient telle supposition. Son ardeur pour diverses études était remarquable. Il avait pour l’insolite des notions si formidablement étendues et détaillées que ces observations m’ébaudissaient considérablement. Nul homme n’aurait tant travaillé à la collecte de tant de précisions sans s’être fixé un but défini.
Les touche-à-tout se démarquent rarement par l’exactitude de leur savoir. Nul ne s’embarasse l’esprit du superflu s’il n’a une très bonne raison pour le faire. Ses ignorances étaient aussi remarquable que sa science. De la litterature contemporaine, de la philosophie et de la politique, il ne semblait savoir à peu près rien. Un jour que je citais Thomas Carlyle, il me demanda très naivement qui il était et ce qu’il avait fait. Ma surprise atteignait son paroxysme quand incidemment je découvris qu’il ignorait la théorie de Copernic et tout du systeme solaire. Qu’un être civilisé, au 19e siècle, ne sut pas que la terre tourne autour du soleil, me semblait un fait si extraordinaire que j’avais peine à y croire.
«Vous paraissez étonné» dit-il en souriant de ma surprise. «Maintenant que je sais cela, je tacherai de l’oublier»
«Mais le système solaire!» fis-je.
«Que voulez-vous que cela me fasse?» coupa-t-il avec impatience. «Nous tournons autour du soleil, dites-vous?. Si c’était la lune cela ne ferait pas deux sous de différence pour moi ou mes travaux!»

I was in Oxford, Mississippi for a few days and I was driving out to Holly Springs on a back road, stopping here and there. It was the time of year when the landscape wasn’t yet green. I left the car and walked into the dead leaves off the road. It was one of those occasions when there was no picture there. It seemed like nothing, but of course there was something for someone out there. I started forcing myself to take pictures of the earth, where it had been eroded thirty or forty feet from the road. There were a few weeds. I began to realize that soon I was taking some pretty good pictures, so I went further into the woods and up a little hill, and got well into an entire roll of film.

Later, when I was having dinner with some friends, writers from around Oxford, or maybe at the bar of the Holiday Inn, someone said, ‘What have you been photographing here today, Eggleston?’
‘Well, I’ve been photographing democratically,’ I replied.
‘But what have you been taking pictures of?’
‘I’ve been outdoors, nowhere, in nothing.’
‘What do you mean?’
‘Well, just woods and dirt, a little asphalt here and there.’
I was treating things democratically, which of course didn’t mean a thing to the people I was talking to. I already had different, massive series. I had been to Berlin and to Pittsburgh and completed huge bodies of work. From that moment everything from the boxes of thousands of prints made cohesive sense for the first time. All the work from this period from 1983 to 1986 was unified by the democracy. Friends would ask what I was doing and I would tell them that I was working on a project with several thousand prints. They would laugh but I would be dead serious. At least I had found a friend in that title, The Democratic Forest, that would look over me.


Premier texte, inconnu
Deuxième texte, William Eggleston "Afterwords on Democratic Forest"
Aujourd'hui est un jour triste pour la photographie, Kodak a annoncée officiellement sa faillite
Si ca vous dit d'en savoir plus sur William Eggleston, un des premiers maitres de la couleur en photo, et par conséquent un des premiers explorateurs du monde des films couleurs Kodak, il y a cet excellent documentaire By the Ways et évidemment le Eggleston's channel d'American Suburb X

31.12.11


LA GRILLE
Félix Guattari & Diane Arbus


A la clinique de La Borde, en Lozère, Félix Guatari associé au directeur le Docteur Jean Oury, mettent en place un système de responsabilisation des malades et du personnel à travers une grille. Chacun d’entre eux, assignés normalement à un rôle particulier, est contraint de s’investir dans des tâches qui lui sont étrangères. Ainsi que ce soit les medecins, les infirmiers, les employés de ménages, les cuisiniers, les malades.. Ils se voient impliqués (à des degrés de responsabilités différent ) dans la vie de la clinique, et cela à toute heure.

Cadrer le dérèglement

En ce qui me concerne, Je me suis totalement investi dans cette expérience à partir de 1955 ; bien que j’ y aie participé de façon assez suivie dès la phase préparatoire de Saumery. Et c’est durant cette période-là que se sont posés les grands problèmes qui devaient marquer l’évolution ultérieure. Assez rapidement, la clinique a augmenté sa capacité ; elle est passée à soixante malades, puis quelques années plus tard à sa capacité actuelle. Corrélativement, le personnel a augmenté et les anciennes méthodes d’organisation consensuelle, fusionnelle, ne pouvaient évidemment plus fonctionner de la même façon. Quand je suis arrivé, j’ai commencé à m’occuper des activités d’animation et des ateliers. J’ai contribué à la mise en place de pas mal des institutions qui devaient se maintenir de façon durable—quoique toujours en évolution. Mais, assez rapidement, j’ai été amené à m’occuper des problèmes de gestion. Durant les années antérieures, s’étaient instituées des différences de salaires assez marquées, pour des raisons, d’ailleurs, plutôt contingentes, en raison d’arrangements qui se faisaient au fur et à mesure de l’arrivée des nouveaux membres du personnel. Tout ça pour dire qu’il y avait une situation assez floue, assez peu maîtrisée. Une des premières difficultés à laquelle je me suis trouvé confronté a été relative au budget des ateliers, lorsqu’ils furent instaurés de façon plus systématique, avec la mise en place du Club ; l’administratrice de cette époque refusait systématiquement de les aider financièrement et il a fallu que je me substitue a elle. À côté de cela, Oury se méfiait beaucoup de quelque chose qui existait dans la plupart des établissements publics, à savoir l’existence d’ergothérapeutes ou de sociothérapeutes spécialisés qui fonctionnaient de façon autonome par rapport au reste du personnel et qui devaient d’ailleurs acquérir ultérieurement une qualification particulière. Ça ne nous paraissait pas souhaitable, parce qu’au contraire on voulait à tout prix éviter que les activités ne deviennent stéréotypées, refermées sur elles-mêmes. Pour nous, le but n’était pas de parvenir à stabiliser une activité particulière. Son fonctionnement ne nous intéressait que pour autant qu’il permettait d’enrichir les rapports sociaux, de promouvoir un certain type de responsabilisation, aussi bien chez les pensionnaires que dans le personnel. Donc, nous n’étions pas trop favorables à l’implantation d’ateliers standardisés (vannerie, poterie, etc.) avec le ronron du responsable qui vient faire son petit boulot à longueur d’année et avec des pensionnaires qui viennent là régulièrement, mais de façon un peu mécanique. Notre objectif de thérapie institutionnelle n’était pas de produire des objets ni même de produire de « la relation » pour elle-même, mais de développer de nouvelles formes de subjectivité. Alors, à partir de là, toutes sortes de problèmes se posent sous un angle différent : on s’aperçoit que pour faire des ateliers, pour développer des activités, le plus important n’est pas la qualification du personnel soignant (diplôme d’infirmier, de psychologue, etc.), mais les compétences de gens qui peuvent avoir travaillé dans le domaine agricole ou comme lingère, cuisinier, etc. Or, bien entendu, pour pouvoir suffisamment dégager ces personnes de leur service, de leur fonction et pour pouvoir les affecter au travail des ateliers et des activités rattachées au Club, il est nécessaire d’inventer de nouvelles solutions organisationnelles, parce que sinon ça déséquilibrerait les services. En fait, ça n’allait de soi d’aucun point de vue, ni dans la tête du personnel soignant, ni dans celles des personnes directement concernées. Il a donc fallu instituer un système, qu’on pourrait dire de dérèglement de l’ordre « normal » des choses, le système dit de « la grille », qui consiste à confectionner un organigramme évolutif où chacun a sa place en fonction 1) de tâches régulières, 2) de tâches occasionnelles, 3) de « roulements », c’est-à-dire de de tâches collectives qu’on ne veut pas spécialiser sur une catégorie particulière de personnel (exemple : les roulements de nuit, les roulements qui consistent à venir à 5 h du matin, la vaisselle, etc.). La grille est donc un tableau à double entrée permettant de gérer collectivement les affectations individuelles par rapport aux tâches. C’est une sorte d’instrument de réglage du nécessaire dérèglement institutionnel, afin qu’il soit rendu possible, et, cela étant, pour qu’il soit « cadré » (...)

Affects et affectations

(...) La grille est alors un instrument indispensable pour instaurer un rapport analytique entre les différentes instances institutionnelles et les affects individuels et collectifs. Affects et affectations : la grille, c’est quelque chose qui est chargée d’articuler ces deux dimensions. Dans une perspective idéale ! Car dans les faits, c’est un problème complexe parce que, dès lors que vous renoncez à la rigidité des organigrammes technocratiques, vous vous heurtez à une multitude de difficultés ; les choses en apparence les plus simples se compliquent. Ce qu’on peut répondre aux technocrates, c’est qu’avec quelques notes de musique on peut aussi bien faire une musique très simple, par exemple une musique modale, qu’une musique infiniment riche. Il faut pour cela changer les gammes de référence, faire de la polyphonie… Avec une institution c’est pareil. On peut faire du plain-chant où chacun reste assujetti à une ligne monadique. On peut, au contraire, développer des compositions baroques d’une grande richesse. On s’est aperçu qu’avec une population de cent pensionnaires et quatre-vingt membres du personnel, on pourrait faire des choses d’une complexité incroyable. Pas pour le plaisir de la sophistication, mais parce que c’est nécessaire pour produire un autre type de subjectivité. On peut aussi concevoir des systèmes d’un type beaucoup plus monacal, où chacun trouve sa place au rythme des heures canoniales. Mais il faut admettre qu’il peut être nécessaire de composer des musiques institutionnelles polyphoniques et symphoniques si on veut essayer de saisir de façon plus fine les problèmes subjectifs inconscients relatifs au monde de la psychose.

Singulariser les trajectoires dans l'institution

Cela m’amène à une réflexion plus générale sur les finalités de la grille. Quelquefois on a pensé que ce système avait été instauré dans un souci d’autogestion, de démocratie, etc. En réalité, comme je le disais au début, l’objectif de la grille c’est de rendre articulable l’organisation du travail avec des dimensions subjectives qui ne pourraient l’être dans un système hiérarchique rigide. Complication donc, pas pour le plaisir, mais pour permettre que certaines choses viennent au jour, que certaines surfaces d’inscription existent. Par exemple, pour que certains membres du personnel puissent être présents dans des activités qui les intéressent alors qu’avec un organigramme fixe, cela ne leur serait pas possible. Ces modifications d’affectation dépendent alors de la capacité de la grille à devenir un système articulatoire.



Si vous souhaitez en lire plus, la version entière du texte est disponible ici.

Photo. Diane Arbus, Untitled.
Sa première rétrospective française est à voir jusqu'au 5 février au Jeu De Paume