20.9.09
FU
"Quelles réponses amener à la crise des banlieues ? Une plus grande mixité, un cadre de vie plus agréable peuvent-ils changer les choses ? Peut-être, mais force est de constater que 30 ans de politique de la ville n'ont pas amené les résultats escomptés. Pour le professeur Eckardt, tenter d'influencer ou de modifier artificiellement la structure sociale d'un quartier par des mesures architecturales ne résoud rien"
10.9.09
Truffaut / Hitchcock
Entretiens

En avril 1962, François Truffaut adresse une longue lettre à Alfred Hitchcock :
"Cher monsieur Hitchcock...
Au cours de mes discussions avec des journalistes étrangers et surtout à New York, je me suis rendu compte que l'on se fait souvent une idée un peu superficielle de votre travail. D'autre part, la propagande que nous avons faite aux Cahiers du cinéma était excellente pour la France, mais inadéquate pour l'Amérique, car trop intellectuelle. Depuis que je fais de la mise en scène, mon admiration pour vous n'a point faibli, au contraire, elle s'est accrue et modifiée. J'ai vu cinq à six fois chacun de vos films, et je les regarde à présent davantage sous l'angle de la fabrication. Beaucoup de cinéastes ont l'amour du cinéma, mais vous, vous avez l'amour de la pellicule et c'est de cela que je voudrais parler avec vous. Je que vous m'accordiez un entretien au magnétophone qui se poursuivrait pendant une huitaine de jours et totaliserait une trentaine d'heures d'enregistrement, et cela dans le but d'en tirer non des articles, mais un livre entier qui serait publié simultanément à New York et à Paris, puis par la suite probablement un peu partout dans le monde."
A Los Angeles, Hitchcock achève son 48ème film, Les oiseaux. Il télégraphie à Truffaut pour lui fixer la date de leur premier rendez-vous : le 13 août 1962, jour de son 63ème anniversaire, dans ses bureaux à Universal.
Truffaut, qui ne parle pas anglais, arrive accompagné d'Helen Scott, une amie américaine qui, dit-il à Hitchcock, "pratique la traduction simultanée avec une telle vélocité que nous aurons l'impression d'avoir parlé ensemble sans intermédiaire".
Durant une semaine entière, à raison de plusieurs heures par jour, Truffaut s'entretient avec Hitchcock sur toute sa carrière, film par film, couvrant toute son oeuvre jusqu'aux Oiseaux.
Le livre d'entretiens Hitchcock-Truffaut paru en 1966 a sans cesse été réédité. C'est sans doute aujourd'hui encore le livre de cinéma le plus célèbre.
Vous trouverez ici les mp3 des 52 bobines des entretiens originaux.
25.8.09
GI

A environ une heure de bateau du port de Nagasaki, l’île abandonnée de Hishami s’effondre en silence. Surnommée Gunkajima (l'île navire de guerre) Cette ancienne exploitation de mines de charbon qui appartenait à Mitsubishi Motors fut autrefois l’endroit le plus densément peuplé sur Terre, concentrant 835 hab/ha pour l'île entière, ou 1,391 hab/ha pour le district résidentiel . Ce complexe fut en service de 1887 à 1974, après quoi l’industrie du charbon fit faillite et les mines fermèrent pour de bon. Comme ils avaient perdu leur emploi et n’avaient pas d’autre raison de rester dans ce cauchemar urbain miniature, en presque une nuit toute la population repartit pour la métropole, abandonnant et condamnant à la pourriture la majeure partie de leurs affaires.
Il est désormais absolument illégal de s'aventurer ne serait-ce qu'aux abords du lieu tant il est dangereux, et sa restauration inconcevable. Le Gouvernement ne tient pas non plus qu’on porte trop attention à ce lieu, témoin d'une révolution industrielle d'après-guerre plutôt rude.
Ouverte au public depuis 2009, il fut dangereux d'être pris en train de visiter l’île d’Hashima, les illégaux explorateurs écopant de 30 jours de prison suivis d’une déportation immédiate.







Si vous souhaitez en savoir plus sur des lieux abandonnés, je vous conseille de jeter un œil à cette base de données d'exploration urbaine, et aussi ici via google maps
Ce post fait écho à LS (La Soufrière) et UA (Underground Archeology) et aussi aux expéditions indiennes de Boiteàoutils
Merci à Benjamin
21.8.09
IV
Rien de neuf ici, seulement une petite année de retard, et un post qui surfe sur la vague ultra-gauche, déjà largement médiatisé, mais ne sait-on jamais.

"Il n’y a pas de «catastrophe environnementale». Il y a cette catastrophe qu’est l’environnement. L’environnement, c’est ce qu’il reste à l’homme quand il a tout perdu. Ceux qui habitent un quartier, une rue, un vallon, une guerre, un atelier, n’ont pas d’« environnement », ils évoluent dans un monde peuplé de présences, de dangers, d’amis, d’ennemis, de points de vie et de points de mort, de toutes sortes d’êtres. Ce monde a sa consistance, qui varie avec l’intensité et la qualité des liens qui nous attachent à tous ces êtres, à tous ces lieux. Il n’y a que nous, enfants de la dépossession finale, exilés de la dernière heure – qui viennent au monde dans des cubes de béton, cueillent des fruits dans les supermarchés et guettent l’écho du monde à la télé– pour avoir un environnement. Il n’y a que nous pour assister à notre propre anéantissement comme s’il s’agissait d’un simple changement d’atmosphère. Pour s’indigner des dernières avancées du désastre, et en dresser patiemment l’encyclopédie. Ce qui s’est figé en un environnement, c’est un rapport au monde fondé sur la gestion, c’est-à-dire sur l’étrangeté. Un rapport au monde tel que nous ne sommes pas faits aussi bien du bruissement des arbres, des odeurs de friture de l’immeuble, du ruissellement de l’eau, du brouhaha des cours d’école ou de la moiteur des soirs d’été, un rapport au monde tel qu’il y a moi et mon environnement, qui m’entoure sans jamais me constituer. Nous sommes devenus voisins dans une réunion de copropriété planétaire. On n’imagine guère plus complet enfer. La situation est la suivante: on a employé nos pères à détruire ce monde, on voudrait maintenant nous faire travailler à sa reconstruction et que celle-ci soit, pour comble, rentable. L’excitation morbide qui anime désormais journalistes et publicitaires à chaque nouvelle preuve du réchauffement climatique dévoile le sourire d’acier du nouveau capitalisme vert, celui qui s’annonçait depuis les années 1970, que l’on attendait au tournant et qui ne venait pas. Eh bien, le voilà ! L’écologie, c’est lui ! Les solutions alternatives, c’est encore lui ! Le salut de la planète, c’est toujours lui ! Plus aucun doute : le fond de l’air est vert ; l’environnement sera le pivot de l’économie politique du XXIe siècle. À chaque poussée de catastrophisme correspond désormais une volée de « solutions industrielles ». C’est que l’environnement a ce mérite incomparable d’être, nous dit-on, le premier problème global qui se pose à l’humanité. Un problème global, c’est-à-dire un problème dont seuls ceux qui sont organisés globalement peuvent détenir la solution. Et ceux-là, on les connaît. Ce sont les groupes qui depuis près d’un siècle sont à l’avant-garde du désastre et comptent bien le rester, au prix minime d’un changement de logo.
L’écologie n’est pas seulement la logique de l’économie totale, c’est aussi la nouvelle morale du Capital. L’état de crise interne du système et la rigueur de la sélection en cours sont tels qu’il faut à nouveau un critère au nom duquel opérer de pareils tris. L’idée de vertu n’a jamais été, d’époque en époque, qu’une invention du vice. On ne pourrait, sans l’écologie, justifier l’existence dès aujourd’hui de deux filières d’alimentation, l’une « saine et biologique» pour les riches et leurs petits, l’autre notoirement toxique pour la plèbe et ses rejetons promis à l’obésité. L’hyper-bourgeoisie planétaire ne saurait faire passer pour respectable son train de vie si ses derniers caprices n’étaient pas scrupuleusement « respectueux de l’environnement ». Sans l’écologie, rien n’aurait encore assez d’autorité pour faire taire toute objection aux progrès exorbitants du contrôle. Traçabilité, transparence, certification, éco-taxes, excellence environnementale, police de l’eau laissent augurer de l’état d’exception écologique qui s’annonce. Tout est permis à un pouvoir qui s’autorise de la Nature, de la santé et du bien-être. «Une fois que la nouvelle culture économique et comportementale sera passée dans les moeurs, les mesures coercitives tomberont sans doute d’elles-mêmes. » Il faut tout le ridicule aplomb d’un aventurier de plateau télé pour soutenir une perspective aussi glaçante et nous appeler dans un même temps à avoir suffisamment «mal à la planète» pour nous mobiliser et à rester suffisamment anesthésiés pour assister à tout cela avec retenue et civilité. Le nouvel ascétisme bio est le contrôle de soi qui est requis de tous pour négocier l’opération de sauvetage à quoi le système s’est lui-même acculé. C’est au nom de l’écologie qu’il faudra désormais se serrer la ceinture, comme hier au nom de l’économie."
Comité invisible, L'insurrection qui vient
à télécharger ici
12.8.09
L'Amour Existe
Maurice Pialat
Longtemps j’ai habité la banlieue. Mon premier souvenir est un souvenir de banlieue. Aux confins de ma mémoire, un train de banlieue passe, comme dans un film. La mémoire et les films se remplissent d’objets qu’on ne pourra plus jamais appréhender.
Longuement j’ai habité ce quartier de Courbevoie. Les bombes démolirent les vieilles maisons, mais l’église épargnée fut ainsi dégagée. Je troque une victime contre ces pierres consacrées ; c’était un camarade d’école ; nous chantions dans la classe proche : « Mourir pour la patrie », « Un jour de gloire vaut cent ans de vie ».
Les cartes de géographie Vidal de Lablache éveillaient le désir des voyages lointains, mais entretenaient surtout leur illusion au sein même de nos paysages pauvres.
Un regard encore pur peut lire sans amertume ici où le mâchefer la poussière et la rouille sont comme un affleurement des couches géologiques profondes.
Palais, Palace, Eden, Magic, Lux, Kursaal… La plus belle nuit de la semaine naissait le jeudi après-midi. Entassés au premier rang, les meilleures places, les garçons et les filles acquittent pour quelques sous un règne de deux heures.
Parce que les donjons des Grands Moulins de Pantin sont un « Burg » dessiné par Hugo, le verre commun entassé au bord du canal de l’Ourcq scintille mieux que les pierreries.
A quinze ans, ce n’est rien de dépasser à vélo un trotteur à l’entraînement. Le vent d’hiver coupait le polygone du Bois de Vincennes ; moins sévère que le vent de l’hiver à venir qui verrait les Panzers répéter sur le terrain.
Promenades, premiers flirts au bord de la Marne, ombres sombres et bals muets, pas de danse pour les filles, les guinguettes fermeraient leurs volets. Les baignades de la Marne, Eldorado d’hier, vieillies, muettes et rares dorment devant la boue.
Soudain les rues sont lentes et silencieuses. Où seront les guinguettes, les fritures de Suresnes ? Paris ne s’accordera plus aux airs d’accordéon.
La banlieue entière s’est figée dans le décor préféré du film français. A Montreuil, le studio de Méliès est démoli. Ainsi merveilles et plaisirs s’en vont, sans bruit
« La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie » chantait Piaf. La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie. L’ennui est le principal agent d’érosion des paysages pauvres.
Les châteaux de l’enfance s’éloignent, des adultes reviennent dans la cour de leur école, comme à la récréation, puis des trains les emportent.
La banlieue grandit pour se morceler en petits terrains. La grande banlieue est la terre élue du P’tit pavillon. C’est la folie des p’titesses. Ma p’tite maison, mon p’tit jardin, mon p’tit boulot, une bonne p’tite vie bien tranquille.
Vie passée à attendre la paye. Vie pesée en heures de travail. Vie riche en heures supplémentaires. Vie pensée en termes d’assistance, de sécurité, de retraite, d’assurance. Vivants qui achètent tout au prix de détail et qui se vendent, eux, au prix de gros.
On vit dans la cuisine, c’est la plus petite pièce. En dehors des festivités, la salle à manger n’ouvre ses portes qu’aux heures du ménage. C’est la plus grande pièce : on y garde précieusement les choses précieuses.
Vies dont le futur a déjà un passé et le présent un éternel goût d’attente.
Le pavillon de banlieue peut être une expression mineure du manque d’hospitalité et de générosité du Français. Menacé il disparaîtra.
Pour être sourde la lutte n’en est pas pour autant silencieuse. Les téméraires construisent jusqu’aux avants-postes.
L’agglomération parisienne est la plus pauvre du mon-de en espaces verts. Cependant la destruction systémati-que des parcs an-ciens n’est pas achevée. Massacre au gré des spéculations qui sert la mode de la ré-sidence de faux luxe, cautionnée par des arbres centenaires.
Voici venu le temps des casernes civiles. Univers concentrationnaire payable à tempérament. Urbanisme pensé en termes de voirie. Matériaux pauvres dégradés avant la fin des travaux.
Le paysage étant généralement ingrat. On va jusqu’à supprimer les fenêtres puisqu’il n’y a rien à voir.
Les entrepreneurs entretiennent la nostalgie des travaux effectués pour le compte de l’organisation Todt.
Parachèvement de la ségrégation des classes. Introduc-tion de la ségrégation des âges : parents de même âge ayant le même nombre d’enfants du même âge. On ne choisit pas, on est choisi.
Enfants sages comme des images que les éducateurs désirent. Jeux troubles dans les caves démesurées. Contraintes des jeux préfabriqués ou évasion ? Quels seront leurs souvenirs ?
Le bonheur sera décidé dans les bureaux d’études. La ceinture rouge sera peinte en rose. Qui répète aujourd’hui du peuple français qu’il est indiscipliné. Toute une classe conditionnée de copropriétaires est prête à la relève. Classe qui fait les bonnes élections. Culture en toc dans construction en toc. De plus en plus la publicité prévaut contre la réalité.
Ils existent à trois kilomètres des Champs-Élysées. Constructions légères de planches et de cartons goudronnés qui s’enflamment très facilement. Des ustensiles à pétrole servent à la cuisine et à l’éclairage.
Nombre de microbes respirés dans un mètre cube d’air par une vendeuse de grands magasins : 4 millions
Nombre de frappes tapées dans une année par une dactylo : 15 millions
Déficit en terrain de jeux, en terrain de sport :75%
Déficit en jardin d’enfant : 99%
Nombre de lycées dans les communes de la Seine : 9. Dans Paris : 29
Fils d’ouvriers à l’Université : 3%. A l’Université de Paris : 1,5%
Fils d’ouvriers à l’école de médecine : 0,9%.
A la Faculté de lettres : 0,2%
Théâtre en-dehors de Paris : 0. Salle de concert : 0
La moitié de l’année, les heures de liberté sont dans la nuit. Mais tous les matins, c’est la hantise du retard.
Départ à la nuit noire. Course jusqu’à la station. Trajet aveugle et chaotique au sein d’une foule serrée et moite. Plongée dans le métro tiède. Interminable couloir de correspondance. Portillon automatique. Entassement dans les wagons surchargés. Second trajet en autobus. Le travail est une délivrance. Le soir, on remet ça : deux heures, trois heures, quatre heures de trajet chaque jour.
Cette eau grise ne remue que les matins et les soirs. Le gros de la troupe au front du travail, l’arrière tient. Le pays à ses heures de marée basse.
L’autobus, millionnaire en kilomètres, et le travailleur, millionnaire en geste de travail, se sont séparés une dernière fois, un soir, si discrètement qu’ils n’y ont pas pris garde.
D’un côté les vieux autobus à plate-forme n’ont pas le droit à la retraite, l’administration les revend, ils doivent recommencer une carrière.
De l’autre, les vieux travailleurs. Vieillesse qui doit, dans l’esprit de chaque salarié, indubitablement survenir. Vieillesse comme récompense, comme marché que chacun considère avoir passé. Ils ont payé pour ça. Payé pour être vieux. Le seul âge où l’on vous fout la paix. Mais quelle paix ? Le repos à neuf mille francs par mois. L’isolement dans les vieux quartiers. L’asile. Ils attendent l’heure lointaine qui revient du pays de leur enfance, l’heure où les bêtes rentrent. Collines gagnées par l’ombre. Aboiement des chiens. Odeur du bétail. Une voix connue très lointaine… Non. Ils pourraient tendre la main et palper la page du livre, le livre de leur première lecture.
Les squares n’ont pas remplacé les paysages de L’Ile de France qui venaient, hier encore, jusqu’à Paris, à la rencontre des peintres.
Le voyageur pressé ignore les banlieues. Ces rues plus offertes aux barricades qu’aux défilés gardent au plus secret des beautés impénétrables. Seul celui qui eût pu les dire se tait. Personne ne lui a appris à les lire. Enfant doué que l’adolescence trouve cloué et morne, définitivement. Il n’a pas fait bon de rester là, emprisonné, après y être né. Quelques kilomètres de trop à l’écart.
Des années et des années d’hôtels, de « garnis ». Des entassements à dix dans la même chambre. Des coups donnés, des coups reçus. Des oreilles fermées aux cris. Et la fin du travail à l’heure où ferment les musées. Aucune promotion, aucun plan, aucune dépense ne permettra la cautérisation. Il ne doit rien rester pour perpétrer la misère. La leçon des ténèbres n’est jamais inscrite au flanc des monuments.
La main de la gloire qui ordonne et dirige, elle aussi peut implorer. Un simple changement d’angle y suffit.
Ici le court métrage complet
11.8.09
Modernité Liquide
Entretien avec Zygmunt Baumann

Zygmunt Bauman est l'un des sociologues actuels les plus influents. Il affirme que nous sommes entrés dans une nouvelle phase de la modernité. Avec cette « seconde modernité » ou, selon l'expression de Z. Bauman, la « modernité liquide », les individus sont désormais libres de se définir en toute circonstances. Rejoignant sur ce point l'analyse d'A. Giddens, Z. Bauman modère l'enthousiasme de ce dernier quant aux vertus de cette évolution. Livre après livre, Z. Bauman n'a de cesse de recenser les dégâts de nos « sociétés individualisées ». A ses yeux, celles-ci vont de pair avec une extrême précarisation des liens, qu'ils soient intimes ou sociaux. L'approfondissement de la modernité est aussi son dévoiement, l'exaltation de l'autonomie ou de la responsabilité individuelle mettant chacun en demeure de résoudre des problèmes qui n'ont d'autres solutions que collectives.
Contrairement aux corps solides, les liquides ne peuvent pas conserver leur forme lorsqu'ils sont pressés ou poussés par une force extérieure, aussi mineure soit-elle. Les liens entre leurs particules sont trop faibles pour résister... Et ceci est précisément le trait le plus frappant du type de cohabitation humaine caractéristique de la « modernité liquide ». D'où la métaphore. Les liens humains sont véritablement fragiles et, dans une situation de changement constant, on ne peut pas s'attendre à ce qu'ils demeurent indemnes. Se projeter à long terme est un exercice difficile et peut de surcroît s'avérer périlleux, dès lors que l'on craint que les engagements à long terme ne restreignent sa liberté future de choix. D'où la tendance à se préserver des portes de sortie, à veiller à ce que toutes les attaches que l'on noue soient aisées à dénouer, à ce que tous les engagements soient temporaires, valables seulement « jusqu'à nouvel ordre ». La tendance à substituer la notion de « réseau » à celle de « structure » dans les descriptions des interactions humaines contemporaines traduit parfaitement ce nouvel air du temps. Contrairement aux «structures » de naguère, dont la raison d'être était d'attacher par des noeuds difficiles à dénouer, les réseaux servent autant à déconnecter qu'à connecter...
La notion de paysage (scape) ou de « couloirs culturels transnationaux » évoque cependant un autre type d'hybridité, celle naissant d'une interaction entre différentes parties du monde et permettant à des populations, des migrants par exemple, de s'inscrire durablement dans un espace culturel composite...La mondialisation ne se déroule pas dans le « cyberespace », ce lointain « ailleurs », mais ici, autour de vous, dans les rues où vous marchez et à l'intérieur de chez vous... Les villes d'aujourd'hui sont comme des décharges où les sédiments des processus de mondialisation se déposent. Mais ce sont aussi des écoles ouvertes 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 où l'on apprend à vivre avec la diversité humaine et où peut-être on y prend plaisir et on cesse de voir la différence comme une menace. Il revient aux habitants des villes d'apprendre à vivre au milieu de la différence et d'affronter autant les menaces que les chances qu'elle représente. Le « paysage coloré des villes » suscite simultanément des sentiments de « mixophilie » et de « mixophobie ». Interagir quotidiennement avec un voisin d'une « couleur culturelle » différente peut cependant permettre d'apprivoiser et domestiquer une réalité qui peut sembler effrayante lorsqu'on l'appréhende comme un « clash de civilisation »...
Propos recueillis par Xavier de la Vega
Le lien ici
11.7.09
SD
Argument en faveur d'une éthique urbaine non anthropisé, par Stefano Boeri.




(…) Cet éthique non-anthropisée ne doit pas abandonner l’humanité à son sort, mais simplement la placé au centre d’une nouvelle sorte de discours, dans lequel l'humanité n’est plus le piédestal de la vie.
La condition urbaine est – sans doute – le premier palier-test pour cette nouvelle éthique. La métropole contemporaine est un des plus important site dans l’intensification d’une énergie négative dans ce type de dynamique – démographique, environnementale, économique – qui nous dirige vers un suicide de l’espèce… De plus la métropole est aussi l’endroit où les inégalités et les injustices liés à la race humaine sont trouvés dans leur forme les plus extrêmes.
Le support pour la perspective d’une éthique non-anthropocentrique implique une nouvelle idée de l’urbanité, une vue où l’humanité se trouverait dans un contexte spatiale en cohabitation avec un kaléidoscope de vies plutôt que dans l’acceptation d’une hégémonie d’un pouvoir pré établi. Cela implique une distribution égale des conditions liées à la mobilité sociale, à l’expérimentation de la cohabitation des différentes espèces et la reconstruction de différentes sortes de relations avec les composants d’un monde naturel. Nous avons besoin de penser à propos d’une politique urbaine basé sur l’inclusion dans laquelle ces principes et ces valeurs protectrices affectent le futur du monde entier et ses écosystèmes.
Nous pouvons indiquer trois zones d’action.
La première se rapporte à la re-naturalisation des espaces urbains. Une perspective non anthropologique change la manière de comprendre le monde. L’idée est de voir dans l’espace urbain –non pas un dense caillot de ciment entouré de plis d’asphaltes avec à l’extérieur de grand paysages non anthropocentriques en voie de disparition ; mais de restaurer des parties de la ville dans un état de biodiversité naturel à travers une série de politiques dans lesquelles se connectent des zones entière de vies sauvages. De tel politique voudrait inclure une forestation des zones périphériques et des corridors urbains, la transformation d’ancienne zone agricole en zone de protection naturelle, la création de corridors verts occupant des espaces vides dans le tissu urbain, la graduel déminéralisation des façades et des toits de la ville à travers l’usage de matériaux couvrant permettant la croissance de différentes types de plantes.
Un second jeu d’actions anti-anthropocentriques est relatif à la bio-diversité du monde animal et à la possibilité de cohabitation des espèces. Ces zones difficiles et peu recherchées ne peuvent encore rester longtemps oubliées. Au moins, dans le sens que derrière les barrières qui sont liées à la croissance et la culture du monde animal, il y a un besoin urgent de repenser et de créer dans les espaces urbains des zones protégés pour la circulation libre des espèces compatibles avec l’eco-système urbain ; Cela peut former des parcs et des oasis à l’abri du monde anthropocentrique, ou l’urbanité est contrôlé par les lois du royaume animal et où la biodiversité devient une voie pour les espèces animales qui nous observe pendant que nous restons dans nos barrières artificielles (…)
Ce post est la traduction partielle d'un article provenant du Volume NEXT NATURE, réalisé en collaboration avec Koert Van Mensvoort, rédacteur du blog Next Nature.
29.6.09
NB
Yesterday I had the chance to interview Neville Mars, director of the Dynamic City Foundation in Beijing and author of "The Chinese Dream: a Society under Construction". I basically picked four books into his bookshelf and asked him to comment them. He participated into the two first ones, Save me from what I want, from the group sexymachinery, edited by Shumon Basar and Vision plus money plus historical circumstance equals 'Cities from Zero', unapologetic expressions of new-found economic - and therefore political - prowess in the 21st century edited by Shumon Basar. The third one is a classic: Mutations, by Rem Koolhaas/Harvard,and the last is a photography book, China Daily Life, by Reineke Otten.

Neville Mars: "Save me from what I want" is a really small beautiful sensitive little project from a team all connected to the AA in London. This team is called sexymachinery and was run by Shumon Basar. It was sort of a cross between art, society and architecture; and this particular booklet is about desire. I wrote a little introductory article called "a message of hope for an uncertain futur". This was in a time where the real big uncertainties hadn't even emerged yet, like 9/11, and the Bush area, etc. This was a time right after the New-Year Eve of the new millenium, with the Y2K bug and stuff like that. It talks about an idea of new generation emerging and how this new generation has to somehow find its own identity. And I was arguing that maybe, you know what many people says the current young generation is completely absorbed with the internet and therefore they would be less creative, etc... This kind of very traditional...
(NDLR): Your point here is it would be the opposite, right?
NM: In a way it's the opposite. What I did is I mentioned a all bunch of arguments that they are right, that we should be very skeptical of the current sort of mobile trend. But at the end of the day, there is nothing, there hasn't been anything quite yet as creative as the internet and the emergence in 2000 of the beginning of the web 2.0.
(NDLR): And burb.tv is the incarnation of that?
NM: At least on our little scale, yes.
Maybe on the same line, also with Shumon, we were invited to write for the annual research book that they do at the AA. In this case the book called Cities from Zero looking at new environment completely build from scratch and obviously ideally build in one goal and build at a very large scale; for instance the environments in China, environments in the Middle-East. I was making an argument that China is a rather unique environment when it comes to cities from zero, truly new cities. Because there are actually no new cities in China. The entire country consists of new cities ie. what we have been calling China is a "new city nation"; and that argument become more and more feasible if you understand that not only are they trying to build hundred of new cities from scratch, even the old cities like Beijing where we are now are being overhauled and rebuild so fast and so radical that they should be understood as new cities. A little preview to our later work...

(NDLR): Then the influence of "some people" (ndlr: Neville begann is career in OMA) on your work?
NM: This is a funny book. "Mutations" or "Mutations" (en français dans le texte), Rem is really good at doing these titles with double meaning. He is extremely good at it. In this case, the book itself I think is really weird, because it was made to sell, to be able to afford to do another book which was Project on the City 1, about the Pearl River Delta. And they were already really deep into it, maybe they even had already started doing the shopping book. But they couldn't obviously fund it. So they just slammed together this book with sort of articles in progress, a lot of images, previous projects, invited some very clever people like Hans Ulrich Obrist and produce this almost instant book. You know a book that is almost as instant as the cities it is trying to talk about. And it looks cheap and shitty to sort of maximise the profit maybe I'm not sure! But it's nice for some other reasons: even there is absolutely no solid direction in the book, there is obviously no real serious effort to make a clearly organized book. It's a bit of slap dash project. It's even field with some really blanked clichés. But that makes it kind of exciting, that's why I quite like the book: because you don't feel unheard to read it. You know you are happy to flip through it and now I read an article in any kind of order. It's always obviously quite good and quite rewarding. The pictures are really good. I'm surprised that many pictures in this book haven't been published in other books, especially this serie from the sky taking pictures of these typical urban typologies in the US, Florida, Vegas, Houston etc...
(NDLR): Talking about pictures... from pictures to pictures?
NM: Talking about pictures, China Daily Life is a picture book in itself. This is a book done by Reineke Otten, but actually the project and the documents were assigned by us. Reineke is an old friend of mine from Rotterdam, and she is a very fast photographer. And she was starting to do what she called "streetology" what is sort of documenting street life. But she does that so fast, that I felt her work was quite methodological. Her work is quite systematic. So I said can you come with us to China for half a year and do your machine gun photography. The only thing what you need to do is categorize it. Stick it in clear folder. Obviously it was a huge amount of work, very difficult. Shout everything you are fascinating by, from chickens to people, to buildings, to door naps, to interiors, to street sections, like specific highways, small streets, hutongs etc... to clouds, anything you want, wallets, as long as you make a clear systematic survey of it. So that's what she done and she published in this book.
(NDLR): And that's what you used in the "Chinese Dream", right?
NM: And it's in the back of the Chinese Dream as a sort of images glossary.

Pictures by Reineke Otten (c) Dynamic City Foundation
(NDLR): Just a question: why did you class it by colors at the end?
NM: The colors was an idea... I thought it was very exciting to let's examine or isolate a single color from a picture. To get an impression what might feel so distinct in Chinese cities. Because there is very very small things that really define our city look and you are not quite aware of it. It's subconscious. So we isolated like the pink plastic...
(NDLR): The Shenzhen look...
NM: The Shenzhen look and the Golden dream etc.
(NDLR): Thank you very much Neville Mars, director of the Dynamic City Foundation.

Neville Mars (何新城) founded the Dynamic City Foundation in 2003 in Beijing, a research and design institute focused on the rapid transformations of China's urban landscape. Its focus is to map the course of China's flash-urbanization and investigates how designers can regain control over the increasingly organic process. The main research framework is China's objective to build 400 new cities by the year 2020. In a multidisciplinary team of sociologists, planners and designers the DCF has developed a catalog of design prototypes suitable for the increasingly market-driven conditions of China. The overarching goal is to establish an holistic approach for China’s cities, to in turn cultivate a healthier society of less social disparities or gaps. The work is open source and available at www.BURB.tv
28.6.09
LS
Deux ou trois choses auxquelles j'ai soudainement pensé en regardant La Soufrière ;
Dans ce court métrage de Herzog, il décide, après l'évacuation totale de la population de Saint Pierre pour risque majeur d'éruption, de partir à la recherche de certains habitants ayant résisté aux consignes de sécurité. Il erre dès lors dans une ville vide, encore en état de fonctionnement quelques heures auparavant, à la limite tenu où rien est encore dégradé, entre la réalité de l'urgence et la fantasme d'un monde urbain totalement délaissé.





Nicolas Moulin - Vider Paris




Masakata Nakano - Tokyo Nobody




27.6.09
WG
Berlin 1945
Ornate archway inside the Reichstag building shows damage as well as graffiti scrawled & scratched on the walls by conquering Russian soldiers.





From LIFE Magazine Photo Archive
25.6.09
UA
Cela fait déjà quelques temps que l'interview de Michael Cook est paru sur BLDBLG mais je l'ai trouvé assez fascinante pour vous la faire partager.
"The built environment of the city has always been incomplete, by omission and necessity, and will remain so. Despite the visions of futurists, the work of our planners and cement-layers thankfully remains a fractured and discontinuous whole, an urban field riven with internal margins, pockmarked by decay, underlaid with secret waterways. Stepping outside our prearranged traffic patterns and established destinations, we find a city laced with liminality, with borderlands cutting across its heart and reaching into its sky. We find a thousand vanishing points, each unique, each alive, each pregnant with riches and wonders and time.
This is a website about exploring some of those spaces, about immersing oneself in stormwater sewers and utility tunnels and abandoned industry, about tapping into the worlds that are embedded in our urban environment yet are decidedly removed from the collective experience of civilized life. This is a website about spaces that exist at the boundaries of modern control, as concessions to the landscape, as the debris left by economic transition, as evidence of the transient nature of our place upon this earth."
Pour découvrir plus sur les explorations de ce canadien: The Vanishing point




Cela m'a fait repenser aux explorations plus parisiennes de Zone Tour,
et aussi à l'extraordinaire histoire du groupe UNTHERGUNTHER qui a restauré clandestinement l'horloge du Panthéon durant près d'un an..
Derrière ces 2 groupes se cache entre autre, Lazar Kunstmann, aussi fondateur de "la mexicaine des perforations" qui a tenu pendant plusieurs années un cinéma clandestin en dessous du Palais de Chaillot. Il est l'auteur de l'intéressant ouvrage la Culture en clandestins et réalisateur de ce documentaire sur l'exploration urbaine parisienne que je vous conseille de prendre le temps de découvrir.
18.6.09
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MAP OFFICE publie un livre intitulé Unreal Estates of China, il propose 56 tableaux d'une Chine vue à travers les sensations et le dessin de ces deux français expatriés à Honk Kong.
"I have half an hour to spend while the driver repairs the taxi's flat tire. Fifty meters from the main road, the abandonned building is standing alone, covered by a tattered green fabric, shaken by the wind. I penetrate the premise through a hole in the surrounding brick wall, and i cross my fingers, hoping there will be no dogs. But it's empty, no contruction workers or other inhabitants. Looking more closely, I notice some traces of occupancy: the remains of a fire, a broken shoe and some laundry. I take the stairs up and arrive on an empty concrete plateforme. It's full of garbage and decaying furniture. Obviously a few people are living in this incomplete development, waiting to make their fortune in the big city. The aborted concrete carcass is an ideal temporary shelter. I take a photo and disappear without leaving any trace of my intrusion, my head full of dreams about these unreal estate"





